L’insécurité refait
surface au Nord-Kivu :
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Soeur Irène de la PAIX,cmt/Goma |
On
se rappelle encore : C’était le 29 décembre 2011, à la clôture du
bicentenaire de notre Père Fondateur, le bienheureux Francisco Palau, que la
Sœur Beata, notre provinciale, avait annoncé le retour des carmélites
missionnaires thérésienne à la mission de Matanda, après 15 ans d’absence causée
principalement par les guerres à répétition dans cette partie du Nord Kivu. Contre
toute attente, les sœurs sont obligées momentanément de plier bagage un mois
seulement après leur installation à
Matanda. Les mêmes causes ont reproduit les mêmes effets : de nouveau l’insécurité
est au rendez-vous. Qui l’eût cru ?
Messe de clôture du Jubilé- bicentenaire du Bienheureux Palau à Matanda |
Le retour des carmélites
missionnaires thérésiennes à Matanda a été obtenu après beaucoup de tractations
avec l’évêque du lieu et la demande répétée de la population du village de
Matanda. Après avoir étudié et approfondi cette demande, notre maison
généralice a donné son aval pour ce retour car disait-on la pacification du
pays est chose faite et toute les assurances nous étaient données.
Présentation et accueil des soeurs Aurélie,Georgette, Anastasie et Olive à Matanda |
La nouvelle communauté constituée
de quatre sœurs a été installée officiellement en la solennité de Saint Joseph,
le 19 mars 2012.
Déjà, les quelques projets
étaient en cours de réalisation : réfection des bâtiments du couvent
(commnauté, aincien postulat) longtemps abandonnés ainsi que le bâtiment du foyer social. Un projet à long terme visait la construction d'un nouveau centre de santé avec un bloc opératoire pour la population.
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Vue d'un bâtiment un pleine réhabilitation |
Un mois seulement après les
débuts des travaux, l’insécurité a encore refait surface. Et pour cause : La
haute cour militaire congolaise serait à la recherche d’un général poursuivi
par la cour pénale internationale pour crime de guerre et crime contre l’humanité.
Le présumé général coupable serait, selon les dires, retranché dans le village
de Mushaki, à quelques kilomètres de Matanda.
A l’heure actuelle, c’est la
panique générale et totale qui sévit dans ce coin de la province du Nord-Kivu.
Un afflux de la population fuyant les combats est signalé vers la ville Goma et
de ses environs.
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Le général présumé coupable et ses fidèles combattants |
Le salut des religieuses
carmélites missionnaires thérésienne s’est trouvé dans le retrait stratégique
vers Goma, abandonnant sans le vouloir la population qui les avait pourtant accueillies
à cœur ouvert.
Comme Saint Joseph, patron de
leur communauté, elles ont quitté précipitamment Matanda, avec le strict
nécessaire, pour trouver refuge dans la communauté Marie, Mère de l’Eglise.
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visite de la Communauté Saint Joseph de Matanda par les Soeurs Maria José et Maria Teresa |
Ces événements se passent une
semaine seulement après que cette communauté ait reçu la visite des sœurs vicaire
générale et de l’économe générale, visite que les avait réconforté à poursuivre
l’œuvre missionnaire à Matanda.
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Récit des événements...
Arrivées à Goma vers 17
heures 30 locales de ce dimanche 29
avril 2012, les sœurs carmélites missionnaires thérésiennes de la communauté Saint Joseph de Matanda sont visiblement fatiguées, exténuées, traumatisées, stressées, terrorisées,
craintives et toutes tremblantes. Mais elles ne peuvent pas taire ce qu'elles ont vu et entendu. Elles ont
rassemblé leurs forces pour nous le raconter dans ce récit :
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La nouvelle équipe de la Communauté Saint Joseph de Matanda |
Tout a commencé le vendredi 20 avril avec
l’affrontement armé à Rubaya. Dans la même semaine, l'insécurité régnait Déjà à
Masisi. Le lundi 23 avril, on entendait
des détonations d’armes lourdes et légères qui signalaient les affrontements
entre les combattants fidèles au général recherché par la haute cour militaire
congolaise et les militaires de l’armée régulière à Rubaya et Bihambwe, deux villages
voisins de Matanda où nous travaillons comme missionnaires.
Premier signe avant coureur : un afflux des
refugiés venant de Nyakajanga s'entassent à la paroisse de Matanda.
Attroupements de la population et des militaires devant la paroisse de Matanda |
Au cours de ces affrontements, on nous a
rapporté un bilan provisoire de quatre militaires tués du côté des insurgés et de
deux de l’armée régulière. On note aussi plusieurs violences sexuelles et agressions, sans oublier le pillage systématique
de la fromagerie d’Osso.
Le dimanche 29 avril, les combattants fidèles au
général poursuivi ont finalement pris le dessus en occupant le village de
Mushaki, à une heure de notre couvent. La population commençait déjà à quitter
l’endroit pour se diriger vers Sake et Goma.
Plusieurs personnes nous ont conseillé de quitter Matanda mais nous n'arrivions pas à nous décider parce que les
prêtres de la paroisse étaient tranquilles et nous disaient qu'il n'y avait
rien de grave. Entre-temps, notre chauffeur était introuvable. Nous avons fait
appel au commandant de la police de
Matanda pour nous aider à trouver un chauffeur. Dieu merci, un chauffeur volontaire s’est présenté et
nous a amené jusqu'à Goma où nous sommes
arrivées à 17h30.
Après notre sortie, il n'était plus possible de
passer à Mushaki car la route était barricadée et vers 19h00, il était
difficile de joindre les prêtres de la Paroisse de Matanda. Jusqu'à 18h, on
communiquait difficilement avec Matanda, le réseau téléphonique était pratiquement
brouillé.
En nous voyant partir vers Goma, indépendamment
de notre très bonne volonté, la population de Matanda n'a pas caché sa désolation.
Les larmes aux yeux, les bras et les yeux levés au ciel, la population qui nous
avait accueillies il y a un mois, criait de toutes ses forces : "
qu'avons-nous fait pour être ainsi maudit? Comme les sœurs quittent la paroisse,
donc c'est sérieux! C'est sûr qu'elles ne reviendront plus jamais! Qu'allons nous
devenir? Nous savons ce qui nous attend maintenant... Que le Seigneur aie pitié de nous... La présence des sœurs nous réconfortait
déjà et nous redonnait beaucoup d'espoir..."
Tous ces cris de détresses résonnent encore dans
nos cœurs et nos oreilles, mais nous étions obligées de replier stratégiquement
vers Goma par la force des événements. Le lendemain était incertain. La
malheureuse expérience d’il y a 15 ans est vite revenue.
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Les carmélites obligées de partir malgré elles... |
Depuis Goma, nous suivons de très près l’évolution des
événements et plus particulièrement la situation de notre chère mission de Matanda.
Nous prions Marie, Notre Dame de la Paix pour nos frères et sœurs qui sont
restés dans cette « zone rouge » et nous prions instamment les
autorités du pays de faire tout ce qui est à leur pouvoir pour pacifier ce coin
du pays qui ne mérite pas ce calvaire.
Les militaires de l'armée régulière à Matanda |