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lundi 3 juin 2013

SESSION : VIVRE SPIRITUELLEMENT LE TEMPS DE CRISE

Soeur Brigitte Ndjibu, cmt/Goma
Pendant l’octave de Pâques, dans la joie du Ressuscité, quatre sœurs carmélites missionnaires thérésiennes de la communauté « Marie  Mère de l’Eglise  » de Goma : Angélique Mitengezo, Honorance Zawadi, Clarisse Epepe et Brigitte Ndjibu ainsi que la soeur Immaculée Zawadi de la communauté « Saint  Joseph » de Matanda, ont pris part à une session ouverte à toutes les Congrégations religieuses, du 5 au 7 avril 2013, à Keshyero, au Centre Génésareth tenu par les Pères Pallotins. L’une des participantes, la sœur Brigitte Ndjibu, nous partage, en ses propres termes, ce qu’elle a retenu de la session.

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Pas de panique : les crises sont naturelles, normales et neutres


Le thème général de notre session avait comme intitulé: « Vivre spirituellement le temps de crise ».  Sans trop de peine, nous avons trouvé que les crises ne sont pas une nouveauté. Ce sont des moments de changements subits favorables ou défavorables, qui ont existé, qui existent et qui existeront toujours dans la vie de la personne. En plus, elles font partie de notre cheminement en tant qu’humain. De nos jours nous constatons que la crise est, à la fois, mondiale, spirituelle et matérielle.  Même l’Eglise n’est pas épargnée. Voilà pourquoi nous devons comprendre que les crises ne sont pas des accidents mais un temps de grâce et de croissance quand elles sont  accueillies dans la foi qui leur donnant un sens. Ce que Dieu nous a promis, c’est la bénédiction et non pas une vie facile. Jésus l’a bien dit : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même. Qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive » (Luc 9,23).  Jésus lui-même, le Fils de Dieu a connu un temps de  crise pendant sa mission sur la terre, surtout  durant le temps de sa Passion. Eu égard à ce qui précède, nous pouvons dire que les crises sont :
Naturelles  parce qu’elles sont accompagnées par la croissance.
Normales : parce qu’elles font partie de la vie humaine.
Neutres : car toute la nature est pleine des tentions  et des crises. Une crise n’est ni positive, ni négative. Ce qu’il faut  c’est de lui donner un sens pour qu’elle  nous révèle ce que nous devons tirer comme leçon pour l’avenir.

Mais, d’où viennent les crises ?

Une question surgit alors : d’où viennent des crises ? Elles viennent au moment où nous nous approprions notre vocation. Pour en savoir plus, contemplons l’expérience de nos pères dans la foi. Prenons l’exemple d’Abraham : quand Dieu lui a demandé de lui offrir son fils unique Isaac (Genèse 22,1-19). C’est la  crise de  vocation de devenir un père d’une grande multitude de peuple. Dès que nous, nous vivons ces types de crise, d’une manière ou d’une autre, parfois nous sommes découragés en nous disant intérieurement que Dieu nous demande trop. Cependant, la crise il faut la vivre dans la foi et non pas psychologiquement. Au moment de la crise, il nous faut réfléchir,  faire une relecture de sa vocation car Dieu nous donne ce temps pour « vérifier »  notre vocation, notre amour et notre fidélité en Lui.
 Pendant la crise, nos motivations sont  vérifiées, comme on vérifie l’or par le feu.  En regardant l’histoire de Job, symbole de nos motivations,  nous pouvons dire que la crise est une expérience par laquelle nous ne pouvons pas ne pas y passer car elle nous aide à retrouver la beauté de notre vocation qui se déroule en 3 étapes :
La vocation humaine : elle est le fondement, la base de notre vie. Mais c’est souvent l’étape  ignorée.  Saint Paul  nous dit que : « ce trésor nous le portons  en des  vases d’argile ». Cela implique une prudence qui nous oblige à garder ce « trésor » entre  les mains du Seigneur  (2cor 4,7). Il faut tenir compte d’une vérité : nous sommes des êtres très fragiles mais d’une valeur infinie aux yeux de Dieu. Il nous faut donc prendre conscience de cela pour bien gérer les crises qui nous arriveront (presqu’inévitablement) dans la vie future.
La vocation chrétienne : c’est le deuxième pilier de la vie consacrée. Cette vocation nous rappelle que nous sommes enfants de Dieu, malgré nos fragilités. Une fois pris conscience de cet aspect, cela nous plongera dans l’attitude d’adoration et de louange de  notre Dieu.
La vocation religieuse : c’est une réponse de  don reçu de Dieu.
Prendre les crises positivement…

Positivement parlant, la crise vient dans le but  d’approfondir notre vocation en vue de la retrouver et de la renouveler.  Plus encore, la crise une grâce qui nous rappelle que nous ne sommes pas propriétaires de la vocation, c’est Dieu qui en est l’unique propriétaire. Le fait de ne pas prendre conscience de cette vérité  ou de ne pas reconnaitre que le trésor qui est en moi et aussi dans l’autre, peut avoir comme conséquence : d’aller le chercher en dehors de nous-mêmes en  s’attachant au pouvoir, en basculant  dans l’activisme, le savoir (étude à tout prix), l’avoir, l’envie, la jalousie, les critiques destructives, etc.
En conclusion : Prendre conscience que notre vocation est un don reçu de Dieu, et que Lui seul peut nous aider à bien gérer  nos crises, c‘est recevoir la chance et grâce qui vient de Lui pendant la crise. 







mardi 15 janvier 2013

QUE SERA DONC CET ENFANT? (Luc 1, 68)


Soeur Brigitte, cmt/Goma

Une semaine seulement après la naissance des septuplés qui n’ont pas survécus à l’hôpital général de Goma, toujours dans la même Ville, est née ce jeudi 10 janvier 2013, au Centre de Santé de Référence Notre Dame du Mont Carmel, un bébé de sexe féminin avec une malformation aux bras. A vrai dire, elle est sans bras.... car elle n’a que deux doigts collés à l’avant bras droit et un seul collé à l’avant bras gauche. Récit de l’événement avec la sœur Brigitte.




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Triple sentiment : Joie, crainte et étonnement…
Pareille naissance n’arrive pas tous les jours. Ce phénomène sort de l’ordinaire. Il faut dire que cette naissance a produit successivement joie, étonnement et crainte. Joie car Maman Riziki a mis au monde sans passer par la césarienne, étonnement du fait de cette malformation et crainte pour  l’avenir de l’enfant qui n’a pas demandé de venir au monde avec cette malformation qui effraie plus d’un.
Après l'accouchement maman Riziki a reçu dans ses bras la nouvelle née. Ce triple sentiment l’a tout de suite envahie. C’est avec sanglot et quadruple questionnement qu’elle accueille sa fillette: Que sera cet enfant? Que vais-je en faire? Comment ses frères vont-ils l'accueillir? Que ferons-nous de cette petite pour qu’elle parvienne à la maturité ? 

Elle était inconsolable. Elle a passé tout son temps à égrainer le chapelet des lamentations. Il fallait trouver des astuces pour qu’elle comprenne que la jolie petite créature qu’elle porte dans ses bras est un enfant normal comme tout autre et qu’il a droit à la vie et aux soins requis pour son développement harmonieux et son insertion dans la société.

De Nick Vujicic à Zawadi : pas évident !
Pour le faire, une inspiration m’est venue : j’ai eu l’idée précieuse de lui montrer un PowerPoint, et pas n’importe lequel : celui de Nick Vujicic. Pour apaiser mama Riziki, je lui ai raconté la petite histoire de Nick, selon la version que j'ai trouvé chez Wikipédia: 


« Premier né d'une famille serbe, Nick Vujicic est né à Melbourne, en Australie, atteint de la très rare maladie « Tetra-amelia ». Sans membres, il lui manque les deux bras (à partir des épaules) ainsi que les deux jambes. Il a cependant deux petits pieds, dont l'un avec deux orteils. Au départ, ses parents étaient effondrés. Sa vie était remplie d'épreuves et de difficultés. Une loi de l'État de Victoria lui interdisait d'aller à l'école à cause de ses handicaps, bien que non atteint mentalement. Toutefois la législation évolua et il fut finalement l'un des premiers handicapés à pouvoir se scolariser. Il a appris à écrire en utilisant les deux orteils de son pied gauche ainsi qu'un appareil spécial qui se glisse sur son gros orteil et qu'il utilise pour saisir les objets. Il a aussi appris à se servir d'un ordinateur et à taper du texte via la méthode « talon et orteil », lancer des balles de tennis, jouer de la batterie à pédales, se peigner, se laver les dents et les cheveux, répondre au téléphone, faire sa toilette et se servir un verre d'eau.

Martyrisé à l'école, Vujicic s'en trouva extrêmement déprimé et, vers l'âge de huit ans, commença à envisager le suicide. Il a essayé de se noyer à l'âge de dix ans. Après avoir supplié Dieu que lui poussent des bras et des jambes, Nick se rendit compte que ses accomplissements étaient sources d'inspiration pour beaucoup de monde et se mit à remercier Dieu d'être en vie. Un tournant dans sa vie fut lorsque sa mère lui montra un article de journal à propos d'un homme faisant face à un handicap sévère.



Cela l'amena à réaliser qu'il n'était pas le seul à connaître des épreuves considérables. À dix-sept ans, il commença à prendre la parole à son groupe de prière et lança finalement son organisation à but non lucratif : Life Without Limbs (la vie sans membres). Nick fut diplômé de l'enseignement supérieur à l'âge de 21 ans avec une double qualification en comptabilité et planification financière. Il débuta ses voyages en tant que conférencier motivationnel, se focalisant sur les sujets auxquels font face les adolescents actuels. Il intervient aussi en entreprises, bien que son but soit de devenir un conférencier inspirant à l'international, à la fois dans des lieux chrétiens et non chrétiens. Il voyage régulièrement dans le monde entier pour s'adresser à des congrégations chrétiennes, des écoles et des rencontres d'entreprises. Il a parlé à plus de deux millions de personnes à ce jour, dans douze pays sur quatre continents: Afrique, Asie, Australie et Amérique du Nord ».


Lueur d’espoir et questionnement…

Ce Power point a redonné un peu d’espoir et  a aidé Maman Riziki à comprendre davantage que même si son enfant ressemblait un peu à Nick, mieux vaudrait sa petite fille, car elle, au moins, a ses deux jambes, ses avant-bras et ses trois doigts. J’avais  donc atteint  mon but : Elle qui croyait que la malformation de sa fille était terrible, presqu’une malédiction divine, elle s’est rendue compte qu’il y avait plus que le cas de sa fillette et qu’avec la volonté ferme, on peut aider la petite Zawadi à devenir quelqu’un pour les autres comme Nick. Tout est question de temps : Il n’est pas encore trop tard. Rien n’est perdu.

Est venue alors ma question : - Quel nom vas-tu lui donner? La réponse de Mama Riziki ne s’est pas fait attendre : - Je n'ai pas un nom, je ne sais pas. J’ai compris qu’elle était encore sous le choc et il fallait l’aider. J’ai donc poursuivi : - Tu peux la nommer « DON DE DIEU », non ? Après réflexion, elle a donné son accord : elle s'appellera désormais : « ZAWADI » (en français : don, offrande, cadeau), m'a-t-il dit en souriant.  D’un air  un peu défaitiste, elle l’a lâché en kiswahili : « Nifanya aye ? Mungu tu !». Traduisez : « Que ferais-je encore ? Dieu seul sait » !

Comparaison n’est pas raison (?)


La question qui me préoccupe à la minute où je suis en train d’écrire ces lignes est celle de savoir si la petite Zawadi aura la même « chance » que Nick, dans la circonstance actuelle  de la Ville de Goma où tout est urgent, où tous les efforts du gouvernement, tant national que provincial, sont orientés vers les guerres à répétition et des rébellions sa fin. Zawadi pourra-t-elle bénéficier d’un appareil spécial pouvant lui permettre de  palier efficacement au manque des bras ? En attendant de trouver les réponses à ces questions lancinantes, Mama Riziki, elle, continue à lever ses yeux larmoyants vers les montagnes du Kivu et à se demander d’où le secours lui viendra t-il ? Le secours lui viendra sûrement du Seigneur qui a fait le Ciel et la terre… mais aussi de nous autres : conseils pratiques, idées géniales, aides et diverses contributions sont donc attendus et sont les bienvenus. Le papa de Zawadi, lui, n’a même pas placé un seul mot. Il est ébahi, dépassé, estomaqué et perplexe. Il lui faut tout d’abord trouver de l’argent à payer pour la maternité avant de voir le « problème » qui lui est arrivé en face. Il a, lui aussi, beaucoup d’efforts à fournir pour se rendre à l’évidence qu’il ne peut pas ne pas accepter ce « don » de Dieu qui, en fait, est le fruit de son amour d’avec son épouse mama Riziki.

Le jour de leur sortie de la maternité, voyant ce couple  s’éloigner de notre centre de santé de référence, pour  maintenant affronter les moqueries des uns, et les encouragements des autres, j’ai fait monter pour eux cette prière au Seigneur : « Seigneur, tu as voulu que la petite Zawadi vienne au monde et trouve place dans cette famille humaine. Accorde à sa famille, malgré cet handicap physique de leur fille,  le don de la joie spirituelle, et guide l’esprit de ses parents et de tous dans la voie de la paix »